penser

I. PENSER

conjugaison verbe intransitif et transitif
Étymologie : xe siècle. Issu du latin pensare, « peser, penser », lui-même dérivé de pendere, « laisser pendre, peser ».
↪ voir aussi : II. Penser (n. m.)

I.

I. Verbe intransitif.
1.  Concevoir, juger, raisonner. La faculté de penser. « Je pense, donc je suis », « je suis une chose qui pense », affirmations de Descartes. Apprendre à penser. La manière de penser. L’art de bien penser. Penser finement, droitement, clairement. Penser avec justesse, penser juste. Expr. Penser tout haut, exprimer ses pensées au fur et à mesure qu’elles viennent à l’esprit. Donner, laisser à penser, donner matière à réflexion ou à supposition.
2.  Avoir une opinion. Je pense comme vous. Il pense différemment. Si vous pensez ainsi,… Voilà ma façon de penser. Penser par soi-même, ne pas s’en remettre au jugement d’autrui, se forger sa propre opinion. Bien, mal penser, conformément ou contrairement aux croyances, aux idées reçues dans le milieu où l’on vit. Loc. Maître à penser, voir Maître I. Expr. Dire à quelqu’un sa façon de penser, lui faire connaître son avis sans ménagement.
3.  Prendre pour objet de réflexion ; avoir l’esprit occupé par quelque chose ou quelqu’un. Penser à la mort, au salut. Pensez à ce qu’ont enduré ces hommes. Vous devriez y penser mûrement. Plus j’y pense, plus je suis persuadé qu’il a commis une erreur. Ne penser qu’à soi, penser aux autres. Il ne pense qu’à s’amuser.
▪  Par affaiblissement. Avoir présent à l’esprit, accorder de l’attention à quelque chose, y songer. Pensez à fermer la porte à clef en partant. Je pensais à autre chose. Il a fait cela sans y penser, machinalement. Loc. Faire penser à, rappeler, évoquer par association d’idées. Cet homme me fait penser à mon père. Fam. Pendant que j’y pense, s’emploie pour introduire incidemment une réflexion, une remarque, une suggestion. Pendant que j’y pense, voici la date de la prochaine réunion. En incise. Mais, j’y pense, c’est bientôt son anniversaire !
▪  Spécialement. Garder en mémoire, conserver le souvenir de ; imaginer par avance, prévoir, se préoccuper de. Je voulais vous apporter ce livre, je n’y ai plus pensé. Faites-m’y penser. Je ne peux m’empêcher d’y penser. N’y pensons plus !
▪  Penser à l’avenir de ses enfants. Le mal vient sans qu’on y pense. Vous auriez dû y penser plus tôt ! Penser à tout, ne rien laisser au hasard. Il fallait penser aux conséquences avant d’agir.
  Titre célèbre : On ne saurait penser à tout, comédie-proverbe d’Alfred de Musset (1851).
4.  Avoir une intention, former un projet. Je n’ai jamais pensé à vous nuire. Il faut maintenant penser à rentrer. Il pense au Sénat, à la députation. Expr. Penser à mal, avoir une intention mauvaise. Il avait agi sans penser à mal.
▪  Fam. Tu n’y penses pas ! Vous n’y pensez pas ! exclamations dont on se sert pour rejeter vivement quelque chose que l’on juge irréalisable ou scandaleux. Mais à quoi pense-t-il ? Avoir autre chose, bien autre chose à quoi penser ou, transitivement, à penser, avoir des préoccupations plus importantes.

II.

II. Verbe transitif.
1.  Embrasser par la pensée, concevoir. Penser une œuvre. L’architecte a pensé l’édifice en fonction des contraintes du terrain. Cela est finement pensé. Marque de domaine : philosophie. Penser le néant, l’éternité.
▪  Au participe passé, adjectivement. Un ouvrage bien pensé, bien conçu, dont les idées sont justes et bien ordonnées.
2.  Avoir pour opinion, juger, estimer ; croire, supposer. C’est un homme qui ne dit jamais ce qu’il pense. J’espère qu’il ne pense pas ce qu’il dit. Il dit les choses comme il les pense. Je sais ce que je dois en penser, je ne sais qu’en penser. Quoi que vous en pensiez,… Comme on peut bien le penser,… Libre à vous de penser cela. Qu’avez-vous pensé de ce livre ? Je ne pense de lui que du bien. La solution n’est pas si facile qu’on le pense. Cette affaire ira plus loin qu’on ne le pense.
▪  Dans une construction attributive. Je le pensais digne de confiance. Nous le pensions de vos amis. Pron. Il se pensait en sécurité. Nous nous pensions tirés d’affaire.
▪  Suivi d’une proposition complétive. Les anciens pensaient que le Soleil tournait autour de la Terre. Je pense qu’il a raison. Je pense que nous ferions bien de partir. Je ne pense pas qu’il vienne, qu’il viendra. Nous n’aurions jamais pensé que les choses tourneraient ainsi. Pensez-vous qu’il soit encore là ? Suivi d’un infinitif. Il pense être plus habile que les autres. S’il pense m’intimider, il a tort. Il pensait être seul.
▪  En incise. Vous allez bientôt partir en vacances, je pense. De chez vous à chez moi, il y a, je pense, dix kilomètres. Iron. Pour marquer une vive irritation ou souligner un ordre. C’est une plaisanterie, je pense ! Avec le sujet postposé. Après tout, pensa-t-il, je ne suis pas le seul responsable. La nuit va bientôt tomber, pensé-je, je dois me hâter.
▪  Loc. À ce que je pense, à mon avis, selon mon opinion. Expr. Il ne dit rien, mais il n’en pense pas moins, bien qu’il s’abstienne d’en faire état, il a une opinion, un parti arrêtés. Elle n’en pense pas un mot. Dire tout haut ce que chacun pense tout bas. Honni soit qui mal y pense, voir Honnir.
▪  Locutions et expressions interrogatives ou exclamatives. C’est bien ce que je pensais ! Fam. Pour souligner ou atténuer la portée d’un propos. Pensez ! Pensez donc ! Pour renforcer une affirmation. Tu penses bien que j’ai refusé ! Tu penses si j’ai réagi ! S’il viendra ? Je pense bien ! Pour marquer l’indignation. Quand on pense qu’il a été élu pour cela ! Iron. Pensez-vous ? croyez-vous véritablement ce que vous dites ? Pour renforcer une négation implicite. Penses-tu ! Pensez-vous ! « Il vous a aidé ? – Vous pensez ! »
3.  Avoir l’intention de, vouloir. J’avais pensé venir hier, mais j’ai été empêché. Il pense bientôt déménager. Que pensez-vous faire ?
4.  Être sur le point de, faillir. J’ai pensé mourir.
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