fortune

7e édition

FORTUNE.

s. f.
■  Hasard, chance. La fortune des armes. En cas de fortune. Il court fortune d’y périr. Il court fortune de la vie. J’en courrai la fortune. Je le rencontrai de fortune, Par hasard.
Fam., Courir la fortune du pot, S’exposer à faire mauvaise chère, en allant dîner dans une maison où l’on n’est point attendu.
Bonne fortune, Chance heureuse, heureux hasard. C’est une bonne fortune pour moi de vous rencontrer. Il lui est arrivé une bonne fortune depuis peu.
Bonne fortune, en termes de Galanterie, se dit Des faveurs d’une femme. Il se vante d’avoir eu cette bonne fortune. Il a eu beaucoup de bonnes fortunes. Un homme à bonnes fortunes. Aller en bonne fortune. Être en bonne fortune.
Tenter fortune, S’engager dans une entreprise dont le succès dépend en grande partie du hasard, d’événements qu’on ne peut régler ni prévoir. Chercher fortune, Être ou se mettre en quête des occasions qui peuvent procurer ce que l’on désire, comme p. 778le bien-être, les richesses, etc. Il est allé chercher fortune aux Indes.
Fortune, se prend quelquefois pour Bonheur. Il est en fortune, il gagne tout ce qu’il veut.
Il se prend aussi pour Malheur, péril, danger, risque. Dieu vous préserve de mal et de fortune. C’est en ce sens qu’il est employé dans cette phrase de Pratique, À ses risques, périls et fortune.
Fig. et fam., Faire contre fortune bon cœur, contre mauvaise fortune bon cœur, Ne pas se laisser abattre par la contradiction, par les échecs, par les revers.
Fortune de mer, Les accidents qui arrivent à ceux qui naviguent sur mer, comme de faire naufrage, de rencontrer des pirates, etc.
Fortune, se dit encore de Tout ce qui arrive ou peut arriver de bien ou de mal à quelqu’un. Nous courons tous deux même fortune. Nous sommes compagnons de fortune. Courir la fortune de quelqu’un. S’attacher à la fortune de quelqu’un, suivre sa fortune. Il est le maître et l’arbitre de ma fortune. Changement de fortune. Cet évènement allait changer sa fortune. Il a éprouvé l’une et l’autre fortune. Je partageai sa bonne et sa mauvaise fortune. Ma mauvaise fortune, ma bonne fortune a voulu que… On le dit également Des choses. Nous pouvons prédire quelle sera la fortune de ce livre, de cet ouvrage. La fortune des États, des empires. On l’emploie quelquefois au pluriel. Cet homme, cette doctrine a eu des fortunes très diverses.
Revers de fortune, Disgrâce, accident qui change une bonne situation en une mauvaise. Un fâcheux revers de fortune. Éprouver un revers de fortune. Être à l’abri des revers de fortune. On dit aussi, Retour de fortune, Changement de fortune, vicissitude. Il y a d’étranges retours de fortune.
Fortune, se dit quelquefois de La bonne, de l’heureuse fortune de quelqu’un, des succès qu’il obtient. Dès que sa fortune l’eut abandonné. Désespérer de sa fortune. Il fut suivi dans cette entreprise de sa fortune ordinaire.
Il signifie aussi, dans une acception particulière, L’avancement ou l’établissement dans les biens, dans les emplois, dans les honneurs, etc. Parvenir à une haute fortune. S’il vit, il portera, il poussera sa fortune bien loin. Vous êtes en bon chemin, poussez votre fortune. Faire fortune. Avancer sa fortune. Établir, affermir sa fortune. N’abusez pas de votre fortune. Sa fortune est encore chancelante. Il semble que sa fortune diminue, qu’elle baisse. Ses envieux tâchent de traverser, d’ébranler sa fortune. Faire la fortune de quelqu’un. Tenir sa fortune de quelqu’un. Il doit sa fortune à un tel. Il ne doit sa fortune qu’à son propre mérite. Il a été l’artisan de sa fortune. On a vu des fortunes bien étonnantes dans ces derniers temps. Les fortunes subites sont rarement durables.
Les biens de la fortune, Les richesses, les honneurs, les emplois, etc. Les biens de la fortune ne sont pas les vrais biens. Le sage ne recherche pas ardemment les biens de la fortune.
Homme de fortune, Celui qui, d’un fort petit commencement, est parvenu à de grands biens. Soldat de fortune, Homme de guerre qui, sans autre recommandation que son mérite, est parvenu des derniers rangs aux grades les plus élevés. On appelle de même Officier de fortune, Un soldat devenu officier par son seul mérite.
Faire fortune, se dit aussi Des choses, et signifie, Obtenir du succès, être accueilli, goûté. Cette doctrine a fait fortune dans le monde, a fait fortune.
Prov. et fig., Chacun est artisan de sa fortune, Généralement parlant, chacun peut se rendre heureux dans son état ; notre bonheur dépend de notre conduite.
Fortune, signifie également, L’état, la condition où l’on est. Se contenter de sa fortune. Il s’est toujours tenu dans sa première fortune. Il n’a point changé sa fortune. Il vit content dans une médiocre fortune. Il est digne d’une meilleure fortune.
Il se dit encore simplement pour Biens, richesses, état d’opulence. Grande fortune. Belle fortune. Fortune immense. Fortune médiocre. Petite fortune. Sa fortune excite l’envie. Ménager sa fortune. Grossir, augmenter sa fortune. L’inégalité des fortunes. Partager sa fortune avec quelqu’un. Faire sa fortune. Ces pertes ont anéanti sa fortune. C’est un homme sans fortune. Il rassembla les débris de sa fortune. Il fait un bon usage de sa fortune. Mettre sa fortune à couvert. Acquérir de la fortune. Laisser de la fortune à ses enfants. N’avoir point de fortune. C’est là toute ma fortune.
Fortune, se dit aussi de La divinité païenne qui était censée faire, à son gré, le bonheur et le malheur, les bons et les mauvais succès. Le temple de la Fortune. La statue de la Fortune. Les Romains adoraient la Fortune, sacrifiaient à la Fortune. Les anciens représentaient la Fortune avec divers attributs : une baguette, un gouvernail, une roue, une boule, une corne d’abondance.
Il s’emploie, par allusion au sens qui précède, dans un grand nombre de phrases figurées. La fortune est aveugle, inconstante, légère, variable, contraire, favorable, cruelle, bizarre, capricieuse, changeante, volage. Les caresses, les faveurs de la fortune. L’inconstance, le caprice, la bizarrerie, les revers, les rigueurs de la fortune. Les révolutions, les vicissitudes de la fortune. L’empire, la puissance de la fortune. La fortune distribue inégalement ses faveurs. Il est maltraité de la fortune. Il accuse la fortune de son malheur. La fortune lui rit. La fortune lui a tourné le dos. La fortune élève les uns, abaisse les autres. S’abandonner à la fortune. Donner, abandonner tout à la fortune. La roue de la fortune. La fortune préside à la guerre, au jeu. Cet homme de néant élevé si haut est un jeu de la fortune, un ouvrage du caprice de la fortune. Les hommes sont le jouet de la fortune. La fortune se joue de tout. La fortune a trompé leur espoir. Braver la fortune.
Les jeux, les coups, les caprices de la fortune, Les grands changements qui arrivent aux hommes ou aux États, et qui les élèvent ou les abaissent.
Brusquer la fortune, Tenter de réussir par des moyens prompts et hasardeux.
Prov. et fig., Attacher un clou à la roue de la fortune, Trouver moyen de fixer la fortune.
Fig., Adorer, encenser la fortune, sacrifier à la fortune, etc., S’attacher à ceux qui sont en faveur, en crédit.
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