piquer

5e édition

PIQUER.

v. act.
■  Percer, entamer légèrement avec quelque chose de pointu. Il s’est piqué lui-même. Une épingle l’a piqué. Il y a des épines qui piquent fort. Piquer jusqu’au sang. Piquer un papier, pour y faire de petits trous.
Piquer, se dit aussi De l’opération que fait un Chirurgien avec la lancette, sans avoir ouvert la veine, et sans tirer de sang. Le Chirurgien l’a piqué deux fois sans lui pouvoir tirer de sang, l’a mal piqué.
On dit, qu’Un Chirurgien a piqué l’artère, pour dire, qu’Il a offensé l’artère, ouvert l’artère, en ouvrant ou en croyant ouvrir la veine.
On dit, Piquer le tendon, piquer le nerf, pour dire, L’offenser en voulant saigner.
Piquer un cheval, se dit Lorsque le Maréchal qui le ferre, lui fait entrer la pointe du clou jusqu’à la chair vive.
Piquer, se dit aussi De la morsure des serpens, des insectes, de la vermine. Être piqué par un serpent. Être piqué de la tarentule. Être piqué par un cousin. Les mouches piquent les chevaux.
Piquer, signifie aussi, Faire avec du fil ou de la soie sur deux ou plusieurs étoffes mises l’une sur l’autre, des points qui les traversent et qui les unissent. Piquer une courte-pointe. Piquer des bonnets.
On dit, Piquer du taffetas, du tabis, pour dire, Y faire de petits trous par compartimens.
On dit, Piquer des pierres, pour dire, Les rendre raboteuses en y faisant de petits enfoncemens avec le côté pointu du marteau.
On dit, Piquer de la viande, pour dire, Larder de la viande avec de petits lardons, et près à près. Piquer des perdreaux. Ces lapereaux sont bien piqués, mal piqués. On a piqué ce rôti fort proprement.
On dit aussi, Piquer de gros lard, pour dire, Larder de la viande avec de gros lardons. Piquer de gros lard un levraut.
On dit, Piquer un cheval, et absolument, Piquer, pour dire, Donner des éperons à un cheval, et le pousser au galop. On dit, Piquer des deux, pour, Faire sentir les deux éperons à son cheval, afin d’accélérer sa marche.
On dit figurément, Piquer des deux, pour, Aller bien vîte. Il faudra piquer des deux, si vous voulez arriver. Pour réussir dans cette affaire, il faut piquer des deux ; c’est-à-dire, Faire beaucoup de diligence.
On dit en termes de Chasse, Piquer dans le fort, pour dire, Pousser son cheval au galop dans le fort du bois ; et, Cet homme là pique bien, pour dire, Cet homme-là pousse vigoureusement son cheval au galop. Piquez un peu jusque-là.
On dit familièrement, Piquer la mazette, pour dire, Monter un mauvais cheval.
On dit familièrem. Piquer le coffre, Piquer le tabouret, pour dire, Attendre dans les antichambres du Roi, des Princes, etc.
On dit aussi, Piquer l’escabelle, en parlant Des jeunes gens qui travaillent dans les études des Notaires, ou des Procureurs ; et, qu’Un homme pique les tables, pour dire, qu’Il va souvent manger chez ceux qui tiennent table.
Dans les Chapitres et dans certaines autres Compagnies, où il y a des distributions à faire au bout de quelque temps, à ceux qui ont été présens, on dit, Piquer les absens, pour dire, Marquer ceux qui n’y ont pas assisté.
Piquer, se dit aussi Des choses qui affectent le goût en telle sorte, que la langue semble en être piquée. Ainsi l’on dit, que Du vin pique la langue agréablement, ou désagréablement.
On dit dans la même acception, que Du fromage pique. Et l’on dit, que Du poisson pique, pour dire, qu’Il pique la langue d’une manière désagréable, et qu’il n’est pas bien frais. Voilà de l’alose qui commence à piquer. Ces soles piquent.
Piquer, signifie figurément, Fâcher, irriter, mettre en colère. Ce discours l’a piqué, l’a piqué jusqu’au vif. La moindre chose le pique. Il dit souvent des choses qui piquent.
On dit d’Un homme qui se fâche sans sujet : Quelle mouche le pique ? Quelle mouche l’a piqué ?
On dit, Piquer quelqu’un d’honneur, pour dire, Lui persuader qu’il y va de son honneur de faire ou de ne faire pas quelque chose.
Se piquer. Se sentir offensé, prendre en mauvaise part. C’est un homme qui se pique de la moindre chose qu’on lui dit.
Il signifie encore, Se glorifier de quelque chose, en faire vanité, en faire profession, en tirer avantage. Il se pique de bien écrire, de bien parler, etc. Il se pique d’être bien fait, d’être brave, de bien danser, etc. Il se pique de naissance, de noblesse. Il ne se pique d’autre chose que d’être honnête homme. Il est savant, du moins il s’en pique.
p. 292On dit d’Un homme qui dans quelque occasion a montré plus de courage, plus de générosité, etc. qu’il n’a coutume d’en faire paroître, qu’Il s’est piqué d’honneur. Dans ces trois dernières acceptions, Se piquer ne se dit jamais qu’avec la préposition De.
On dit, Se piquer au jeu, pour dire, S’opiniâtrer à jouer malgré la perte. Il se pique aisément au jeu. Et en ce sens on dit simplement, Se piquer. Quand il se pique, il est capable de hasarder tout son bien.
On dit figurément d’Un homme qui veut venir à bout de quelque chose malgré les obstacles qu’il y trouve, qu’Il se pique au jeu, qu’il est piqué au jeu.
On dit aussi, que Du bois, des étoffes se piquent, Quand les vers s’y mettent ; que Du papier imprimé se pique, Quand il commence à se gâter, faute d’avoir été étendu et séché.
Piqué, ée. participe. Jupon piqué. Poulet piqué.
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