cœur

CŒUR

nom masculin
Étymologie : xie siècle, cuer. Du latin populaire *cor, *coris, altération du latin classique cor, cordis. Selon la conception antique, le cœur est siège de la vie, des passions, des sentiments, de l’intelligence, de la mémoire et de la volonté. La médecine grecque appelait kardia le cœur et l’entrée de l’estomac, ce qui explique des expressions telles que « mal au cœur ».

I.

I. L’organe.
1. Viscère musculaire creux et pulsatile, situé, chez les Mammifères, dans la cage thoracique, et qui est le principal moteur de la circulation du sang. Le cœur comporte des cavités gauches, qui envoient le sang dans la circulation générale, et des cavités droites, qui envoient le sang dans la circulation pulmonaire. Le cœur droit, le cœur gauche. Les ventricules, les oreillettes du cœur. Les mouvements, les pulsations, les battements du cœur. La contraction du cœur porte le nom de systole, sa dilatation porte le nom de diastole. User du stéthoscope pour écouter les bruits du cœur. Il a reçu une balle en plein cœur. Viser, frapper au cœur. Une maladie de cœur. L’accélération des battements du cœur se nomme tachycardie. Les malformations du cœur. Son cœur ne bat plus. Ranimer un malade par le massage du cœur. Opération à cœur ouvert, intervention pratiquée sur les cavités cardiaques, et rendue possible par la déviation de la circulation sanguine grâce à un dispositif de circulation extracorporelle. Cœur artificiel, appareil implanté dans l’organisme et destiné à suppléer les fonctions du cœur. Une greffe, une transplantation du cœur. Avoir un souffle au cœur, se dit d’un sujet chez qui l’auscultation du cœur a permis au médecin de percevoir un souffle, généralement provoqué par une lésion des orifices internes du cœur.
▪ Expr. Tant que mon cœur battra, aussi longtemps que je vivrai. Avoir le cœur battant, le cœur qui palpite, sous l’effet d’une émotion, d’une sensation forte. Un coup au cœur, une vive et pénible émotion. Son cœur battait la chamade, voir Chamade.
2.  Par extension. Fam. Avoir mal au cœur, par euphémisme, avoir des nausées. Avoir mal au cœur en bateau, en voiture, en avion. Avoir le cœur barbouillé, le cœur au bord des lèvres. Un haut-le-cœur, voir ce mot. Fig. Cela me fait mal au cœur de voir pareil gâchis. Ses paroles me sont restées sur le cœur.

II.

II. Autres sens concrets.
1. La poitrine, contenant le cœur. Presser son enfant sur son cœur. Serrer sur son cœur, contre son cœur. Protester de sa bonne foi, la main sur le cœur.
2. Ce qui rappelle la forme du cœur.
▪ Petit objet ou ornement ayant la forme d’un cœur. Un cœur d’ivoire, de jade. Un cœur en pain d’épice. Marque de domaine : botanique. Une feuille en cœur. Des pétales en cœur. Expr. fam. Avoir la bouche en cœur, arrondie d’une manière affectée. Elle est arrivée la bouche en cœur, comme si de rien n’était, avec une réelle ingénuité ou une naïveté feinte.
▪ Marque de domaine : jeux de cartes. Une des quatre couleurs d’un jeu de cartes, dont les points sont figurés par des cœurs. Le roi de cœur. Un dix de cœur. Il a trois cœurs dans son jeu. Jouer cœur, jouer atout cœur. Au bridge, jouer trois cœurs.
3. Ce qui est central, par allusion au siège du cœur considéré comme central dans l’organisme. Une poire au cœur gâté. Le cœur d’une salade, d’un chou. Manger un cœur d’artichaut, des cœurs de palmier à la vinaigrette. Spécialement. Un fromage fait à cœur, moelleux dans son épaisseur. Marque de domaine : sylviculture. Partie centrale du corps ligneux des arbres, plus dure, plus dense et plus colorée que la partie externe. Du cœur de chêne, de poirier. Une table en cœur de noyer. – Marque de domaine : physique nucléaire. Le cœur d’un réacteur, la région d’un réacteur nucléaire comprenant le combustible nucléaire et agencée pour être le siège d’une réaction de fission.
▪ Par extension. Milieu, centre. Un village niché au cœur d’une région montagneuse, au cœur de la forêt. Il loge au cœur de la ville. Quelque part, au cœur de l’Afrique. Se trouver pris au cœur de la mêlée, de l’orage, du cyclone. Au cœur de l’été, de l’hiver, en plein milieu de l’été, de l’hiver. Nous voici au cœur du débat, du sujet, à son point central.

III.

III. Sens figurés, nés de l’ancienne croyance localisant dans le cœur l’affectivité, l’humeur, le courage, la générosité et d’autres sentiments.
1. Attachement, passion, amour ; siège de ces sentiments. Aimer de tout son cœur. Les élans, les incertitudes, les intermittences du cœur. Avoir le cœur assoiffé de tendresse. Laisser parler son cœur. Un ami, une amie de cœur. Avoir une affaire de cœur, des peines de cœur. C’était son premier battement de cœur, son premier émoi amoureux. Son cœur est pris, il est amoureux. Un amant de cœur. Le courrier du cœur, voir Courrier. Par litote. Elle ne les porte pas dans son cœur, elle les déteste. Être de cœur avec quelqu’un, être en communion de sentiments et de pensées avec lui. Donner son cœur à quelqu’un. Demander, convoiter, posséder le cœur de quelqu’un. On l’a mariée contre son cœur, alors qu’elle en aimait un autre. Prov. Loin des yeux, loin du cœur, l’amour ne résiste pas à une longue séparation.
▪ Par métonymie. Se concilier, gagner tous les cœurs. Régner sur les cœurs. Un cœur à prendre, une personne libre de toute liaison amoureuse. Un cœur tout neuf. Une chaumière et un cœur, le bonheur à deux dans une vie simple. Traîner les cœurs derrière soi, susciter de nombreuses passions. Un bourreau des cœurs, un homme aux nombreuses conquêtes. Dans un emploi hypocoristique. Mon cœur, mon cher cœur. Brave petit cœur !
▪  Prov. Cœur qui soupire n’a pas ce qu’il désire.
2. Pris comme siège de l’affectivité ; intuition par opposition à la raison. Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas, expression proverbiale tirée de Pascal. Dieu sensible au cœur. L’intelligence, la politesse du cœur, faites de discernement intuitif. Cet écrit plaît à l’esprit sans toucher les cœurs. L’alliance du cœur et de la raison. Un souvenir gravé dans mon cœur. Un cri du cœur. Une parole venue du fond du cœur. Décharger, soulager, vider son cœur. Elle veut vous ouvrir son cœur. Vous lisez dans mon cœur. Parler cœur à cœur, à cœur ouvert, sans rien dissimuler. Parler d’abondance de cœur, s’épancher.
▪ Expr. Je veux en avoir le cœur net, savoir ce qu’il en est, me délivrer de mes doutes.
 Titre célèbre : Le Cœur innombrable, d’Anna de Noailles (1901).
3. Siège des sentiments éthiques, conscience morale. Attendrir, toucher le cœur de quelqu’un. Cela va au cœur, touche, émeut. Il a le cœur bon, franc, droit, généreux, excellent. Être doux et humble de cœur. Vous connaissez la pureté, la droiture, la sincérité de son cœur. Avoir du cœur, bon cœur, un cœur d’or et, par métonymie, c’est un bon cœur, un cœur d’or. « À votre bon cœur », répétait le mendiant. Un homme, une femme de cœur, de grand cœur, au grand cœur. Elle a mauvaise tête mais bon cœur, elle est impulsive, indisciplinée, mais capable de bons sentiments. Avoir le cœur sur la main, être très généreux. Manquer de cœur. Vous n’avez donc pas de cœur, vous êtes inaccessible à la pitié. Avoir une pierre ou, fam., un caillou à la place du cœur. Avoir un cœur de pierre, de roche, de marbre, d’airain, être insensible. Un sans-cœur. Avoir mauvais cœur. Il a le cœur dissimulé, gâté, endurci, corrompu par le mal. Avoir le cœur dur, sec et, par métonymie, c’est un mauvais cœur, un cœur sec. Il est parti, la rage au cœur. Un cœur rempli d’amertume, de rancœur. Le cœur enflammé d’indignation. Le cœur mordu, rongé, dévoré par l’envie, la jalousie. Marque de domaine : écriture sainte. L’essence de l’être, le fond de la personne. Le Seigneur sonde les reins et les cœurs, voit jusqu’au fond de l’être. Par métonymie. Heureux les cœurs purs.
4. Courage, vertu, fermeté d’âme. Avoir du cœur. Haut les cœurs ! Ils ont fait montre de beaucoup de cœur. Ils marchaient d’un cœur assuré. Travailler avec cœur. Avoir le cœur, du cœur à l’ouvrage. Il a mis tout son cœur dans cette entreprise. Le cœur m’a manqué. Je n’ai pas eu le cœur de lui refuser.
▪ Expr. Faire contre mauvaise fortune bon cœur, ne pas se laisser abattre par l’échec. Prendre son cœur à deux mains, faire un grand effort sur soi-même (aujourd’hui, on dit plutôt Prendre son courage à deux mains). Fam. Mettre, remettre du cœur au ventre à quelqu’un, lui donner ou redonner du courage.
▪ Par métonymie. À cœur vaillant rien d’impossible. Un cœur de lion, un homme très courageux. Un cœur de lièvre, de poule, un pleutre.
5. Siège de la tristesse et de la joie ; humeur. Avoir le cœur à, être d’humeur à. Tu as le cœur à rire, moi, je l’ai à pleurer. Rire de bon cœur. La nouvelle lui a brisé, fendu le cœur. Avoir le cœur broyé, meurtri, endolori. Le cœur serré de chagrin. Cela me déchire, me perce, me fait saigner le cœur. Avoir quelque chose sur le cœur, en avoir du ressentiment. Cela lui pèse sur le cœur, lui cause du chagrin. Avoir le cœur gros, lourd, oppressé. Avoir un poids sur le cœur et, fam., en avoir gros sur le cœur. Cela me fait gros cœur. Crever le cœur, voir Crever. Un crève-cœur, voir ce mot. Avoir une écharde dans le cœur, une douleur incessante. Porter son cœur en écharpe, faire étalage des souffrances de sa vie sentimentale. Avoir le cœur gai, content, à l’aise, le cœur en fête, le cœur dilaté de joie. Avoir de la joie au cœur.
▪ Loc. À cœur joie, sans réserve ni retenue. S’en donner à cœur joie, goûter pleinement un plaisir. D’un cœur léger, sans crainte ni regret. Accepter une mission d’un cœur léger, d’un cœur tranquille.
6. Siège de l’ardeur, du zèle, de la bonne volonté. Prendre quelque chose à cœur, y apporter du zèle, du sérieux ; être scrupuleux. Il prend la chose trop à cœur. Il a pris très à cœur vos reproches. Cela lui tient à cœur. Elle avait à cœur de toujours bien faire.
▪ Expr. J’ai repris mon travail, mais le cœur n’y était pas, j’ai travaillé sans entrain, sans plaisir. J’y consens de tout cœur, de tout mon cœur. J’accepte de bon cœur, de grand cœur. Il n’a écouté que son cœur. C’est un projet selon son cœur. À contrecœur, voir ce mot. Si le cœur vous en dit, si vous en avez envie. Un coup de cœur, une admiration soudaine, un attrait irraisonné. Loc. adv. De gaieté de cœur, voir Gaieté.
▪  Prov. On a beau prêcher qui n’a cœur de rien faire.
7.  Marque de domaine : religion catholique. Le Sacré Cœur, le Cœur sacré de Jésus, symbole de l’amour humain et divin du Christ à l’égard des hommes. Le Saint Cœur de Marie. La dévotion au Cœur immaculé de Marie. La fête du Sacré-Cœur. La basilique du Sacré-Cœur de Montmartre ou, elliptiquement, le Sacré-Cœur de Montmartre. Par métonymie. Statue représentant le Christ montrant son cœur. Un sacré-cœur de bronze, de plâtre.

IV.

IV. Expressions diverses.
Par cœur, de mémoire, fidèlement et littéralement. Apprendre, réciter sa leçon par cœur. Péj. Il débite tout par cœur, sans âme, sans rien de personnel. Fig. et fam. Connaître, savoir quelqu’un par cœur, être parfaitement au courant de ses habitudes, de sa vie, de son caractère. Elle est jolie comme un cœur, ravissante. Faire le joli cœur, se montrer sous le jour le plus favorable, chercher à séduire. Dîner par cœur, se passer, se priver d’un repas.
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