affaire

AFFAIRE

nom féminin
Étymologie : xiie siècle. Dérivé de faire.

I.

I. Ce qui est à faire ; occupation, obligation.
1. Ce que l’on doit faire, ce qu’on fait, d’une manière générale. Une affaire agréable, sérieuse, urgente, importante. J’ai souvent affaire dans ce quartier. Excusez-moi, j’ai affaire (ou à faire).
▪ Expr. Toute affaire cessante, toutes affaires cessantes, en interrompant tout ce qu’on avait entrepris pour faire face à une situation plus pressante. Il faut préparer la publication de ce texte toute affaire cessante.
2. Chose qui concerne particulièrement une personne, des personnes. La basse-cour, c’est l’affaire de la fermière. La protection de la nature est l’affaire de tous. C’est mon affaire, cela ne regarde que moi, ou cela ne peut compromettre, léser, exposer que moi seul. Ne vous occupez pas de cela, c’est mon affaire. C’est mon affaire, ce sont ses affaires, cela ne concerne que lui. Occupez-vous de vos affaires. Connaître son affaire, être compétent dans son domaine. Voilà un ingénieur qui connaît son affaire.
▪ Expr. Faire son affaire de quelque chose, s’en charger et répondre du succès. Dites-moi le poste que vous désirez, j’en fais mon affaire. Être à son affaire, être pris par une occupation qui plaît. Faire l’affaire, convenir. Un bout de ficelle fera l’affaire, suffira. Ce projet fait tout à fait mon affaire, me convient tout à fait. Fam. Faire son affaire à quelqu’un, lui infliger le traitement qu’on pense lui convenir, en le châtiant durement, voire en le tuant. Son affaire est faite, son affaire est bonne, il est perdu, son compte est bon.
3. Chose qui relève d’un domaine, d’un intérêt déterminé. Une affaire d’argent, d’intérêt. C’est une affaire de succession qui les a brouillés. Une affaire d’amour. Une affaire de cœur. Une affaire d’honneur ou, elliptiquement, une affaire, une querelle engageant l’honneur, un duel.
4. Chose dont la solution dépend de tel facteur. Il s’habituera à ce travail, c’est une affaire de temps. C’est l’affaire d’une seconde, de plusieurs années. Tout est affaire d’argent dans ce monde. Affaire de tact, de courage, de patience.

II.

II. Ensemble d’éléments constituant une situation.
1. Cette situation elle-même. Une affaire confuse, insoluble, des plus banales. Je dois tirer cette affaire au clair. Débrouiller, démêler une affaire. Le nœud de l’affaire. Le pire de l’affaire. Où en est l’affaire ? Quelle affaire ! Vous voilà avec une belle affaire sur les bras ! C’est une vieille affaire entre ces deux familles. Fam. État du développement d’une intrigue, d’une aventure amoureuse. Où en est votre affaire ? Cela ne vous avance pas dans vos affaires.
2. Situation ressentie comme embarrassante, gênante ou pénible. Allons, ce n’est pas une affaire. Elle fait une affaire de tout. Ne faites pas une affaire de cette querelle. Par antiphrase. Vous vous êtes disputés ? La belle affaire ! cela n’a aucune importance. Se tirer d’affaire, être hors d’affaire, se sortir d’une situation difficile, inquiétante. Ce malade est hors d’affaire, il est sauvé. J’ai pu emprunter, me voilà hors d’affaire.
3. Ce qui est matière à conflit, à litige, procès, scandale. Le parquet fut saisi de l’affaire. Une affaire qui fera du bruit. L’affaire du collier de la Reine. L’affaire Calas. L’affaire Dreyfus ou, elliptiquement, l’Affaire.
▪ Marque de domaine : militaire. Combat, engagement de courte durée. L’affaire fut vive, chaude, sanglante, rondement menée.
4.  Expr. En toute affaire (vieilli), en toutes circonstances. C’est une autre affaire, c’est autre chose, une question toute différente. C’est une affaire entendue, c’est une affaire faite, ce dont il est question sera réglé au mieux, vous pouvez y compter. Avoir une affaire en tête, un projet. Avoir affaire avec quelqu’un, traiter avec lui. Tous ceux qui ont eu affaire avec lui le respectent. Avoir affaire de (vieilli), être concerné par. Qu’avons-nous affaire de ces querelles ? (On écrit plutôt Avoir à faire de.) Avoir affaire à quelqu’un, avoir à lui parler ou à débattre avec lui. Vous aurez affaire aux héritiers. Il a eu affaire à des gens courtois. Avoir affaire au ministre. Savez-vous à qui vous avez affaire ? Il eut affaire à forte partie, il se trouva aux prises avec un adversaire redoutable. Vous aurez affaire à moi, exprime une menace. Point d’affaire, point d’affaires, peine perdue ; il n’en est pas question.
▪  Prov. Il vaut mieux avoir affaire à Dieu qu’à ses saints, voir Adresser.

III.

III. Ce qui concerne les intérêts matériels des particuliers ou des collectivités publiques.
A.  Des particuliers.
1. Entreprise industrielle ou commerciale. Lancer, mettre sur pied, monter, prendre en main une affaire. Se retirer d’une affaire.
2. Transaction commerciale, marché, traité. L’affaire est conclue. Affaire faite, on se quitta. J’ai fait affaire avec lui. Fam. L’affaire est dans le sac, elle peut être considérée comme réussie. L’affaire est dans le lac, elle est manquée. Faire une bonne, une mauvaise affaire. Une affaire risquée, douteuse. C’est une affaire, un achat, un marché avantageux.
3.  Au pluriel. Ensemble d’activités commerciales, industrielles, financières. Être, entrer dans les affaires. Le monde des affaires. Avoir le sens, le génie des affaires. Être conciliant, strict, prudent en affaires. La stagnation des affaires. Les affaires reprennent lentement. Chiffre d’affaires, montant des recettes commerciales au cours d’un exercice annuel. La taxe sur le chiffre d’affaires. Cabinet d’affaires, établissement qui conseille ses clients dans la gestion de leurs biens. Agent d’affaires, qui s’occupe de gérer les biens de ses clients. Un homme d’affaires. Un brasseur d’affaires. Un déjeuner, un dîner d’affaires.
▪  Prov. Il n’y a point de petites affaires. Les affaires sont les affaires, les sentiments ne sont pas de mise quand des intérêts matériels sont en jeu.
 Titre célèbre : Les affaires sont les affaires, comédie d’Octave Mirbeau (1903).
B.  Des collectivités (le plus souvent au pluriel). Les affaires communales, publiques, privées. Les affaires de l’État. Fig. Une affaire d’État, d’importance nationale. La presse a fait de cet incident une affaire d’État.
▪ Le service des Affaires indigènes, autrefois, l’administration chargée de la gestion de certains territoires, dans les colonies.
▪ Les affaires culturelles, ce qui concerne la vie intellectuelle et artistique, la conservation et la mise en valeur du patrimoine d’une nation, d’une ville. Par métonymie. Les Affaires culturelles, le service qui s’en occupe.
▪ Les affaires étrangères, les relations entre États. Le ministère des Affaires étrangères. Chargé d’affaires, agent diplomatique représentant un État en l’absence d’un ministre plénipotentiaire, d’un ambassadeur.
▪ Expr. Expédier les affaires courantes, voir Expédier.

IV.

IV. Sens concret. Au pluriel.
1. Ensemble plus ou moins ordonné d’objets ; vêtements, effets personnels. Elle ramassa toutes ses affaires et sortit. Ne fouillez pas dans mes affaires.
2.  Fam. Ce dont on ne peut ou ne veut pas préciser la nature. Un instrument compliqué, muni de cadrans, de manettes, de toutes sortes d’affaires. Au singulier. Rare. Objet, outil, etc. C’est une affaire dont on se sert pour dépiquer le maïs. Spécialement. Par euphémisme. Elle a eu ses affaires, ses règles. Vieilli. Faire ses affaires, ses besoins naturels. Anciennement. Chaise d’affaires, chaise percée.
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