pardonner

6e édition

PARDONNER.

v. a.
■  Accorder le pardon d’une faute commise, ne garder aucun ressentiment d’une injure reçue. En ce sens, il régit la chose directement, et la personne avec la préposition à. Pardonner les offenses. Pardonner à quelqu’un. Jésus-Christ dit à Marie-Magdeleine : Tes péchés te sont pardonnés. Je lui pardonne de bon cœur tout le mal qu’il m’a fait. Je lui pardonne de m’avoir offensé. Je lui pardonne ses torts. Je vous pardonne pour cette fois, mais n’y retournez plus. Pardonner une faute légère, une faute d’inadvertance.
Il signifie aussi, Faire grâce. Le roi lui pardonna. Cet écolier avait mérité une punition, son maître lui a pardonné.
Il s’emploie quelquefois absolument. Il est plus beau de pardonner que de punir. Celui qui offense pardonne rarement.
Dieu me pardonne. Façon de parler qui s’emploie dans le discours familier, comme une espèce d’excuse et d’adoucissement. À l’entendre parler, je croirais, Dieu me pardonne, qu’il a perdu l’esprit.
Pardonner, signifie encore, Excuser, supporter, tolérer. Je lui pardonne facilement la négligence de son style, mais je ne saurais lui pardonner toutes les puérilités dont il a rempli son livre. C’est une faute excusable dans un autre homme ; mais à un homme aussi sage que lui, on ne saurait la pardonner, elle ne peut se pardonner, elle ne saurait être pardonnée. Le monde est un juge sévère qui ne pardonne pas les moindres fautes. Pardonnez mes craintes, mes soupçons. Cet homme ne se pardonne rien. Je ne me pardonnerai jamais la faute, la sottise que j’ai faite. Je ne me pardonne pas de m’être fié à ce malhonnête homme, de n’avoir pas pris plus de précautions contre lui. Dans l’amitié, dans le commerce de la vie, il faut se pardonner mutuellement beaucoup de choses.
Il signifie aussi, Voir sans chagrin, sans dépit, sans jalousie. On lui pardonne ses succès à cause de sa modestie. Cette femme a bien de la peine à pardonner aux autres leur beauté. Il ne lui pardonne pas son mérite. Il ne sait pas se faire pardonner sa supériorité.
Pardonner, régit quelquefois les choses avec la préposition à, comme si elles étaient personnifiées. Pardonnez à ma franchise, à mon amitié les reproches que je vous fais. Je pardonne cela à l’état où vous êtes. Je pardonne la négligence de son discours au peu de temps qu’il a eu pour se préparer.
Pardonner, s’emploie souvent comme un terme de civilité. Pardonnez-moi, ou simplement, Pardonnez si je vous contredis. Je vous supplie de me pardonner la liberté que je prends. Vous me pardonnerez si je vous dis que l’affaire ne se passa pas de la sorte. Dans cette acception, on dit quelquefois simplement, et sans rien ajouter, Pardonnez-moi, vous me pardonnerez, pour exprimer honnêtement qu’on n’est pas d’accord de ce qu’un autre dit.
Pardonner, signifie quelquefois, Excepter, épargner. En ce sens, il ne s’emploie guère qu’avec la particule négative ne, et avec la préposition à. La mort ne pardonne à personne. Le temps ne pardonne à aucune chose.
Absol., Cette maladie ne pardonne point, On y succombe tôt ou tard.
Pardonné, ée. participe. Crime pardonné. Offense, injure pardonnée. Faute pardonnée.
Prov., Péché caché est à demi pardonné, Quand le scandale n’est pas joint au péché, le péché en est beaucoup moindre.
Dans la conversation, s’il arrive à quelqu’un de demander, par civilité, pardon d’une liberté qu’il a prise, d’une inconvenance qui lui est échappée, on lui répond : Vous êtes tout pardonné. Hors ce seul cas, le participe Pardonné ne s’applique point aux personnes.
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