Prononciation et transcription phonétique dans la 10e édition

Prononciation et transcription phonétique
des entrées de la 10e édition du Dictionnaire de l’Académie française
Dans les éditions précédentes de son Dictionnaire, l’Académie française indiquait la prononciation de lettres, de syllabes ou de mots entiers dès lors que celle-ci se distinguait de l’usage jugé habituel pour un public de locuteurs francophones. Elle utilisait pour ce faire les lettres de l’alphabet français.
Dans la 10e édition, chaque entrée est assortie d’une transcription en alphabet phonétique international (API), code universellement employé qui a par ailleurs l’avantage de la simplicité, puisqu’il représente chacun des phonèmes d’une langue par un seul et unique symbole.
◾ Les signes utilisés, qui correspondent aux phonèmes propres à la langue française, sont les suivants :
Consonnes :
  • [p] de pain
  • [b] de beau
  • [t] de terre
  • [d] de dire
  • [k] de cœur
  • [g] de goûter
  • [f] de facile
  • [v] de vague
  • [s] de sorbet
  • [z] de zèbre
  • [ʃ] de chat
  • [ʒ] de jeu
  • [l] de lire
  • [ʁ] de roue (le signe retenu note la fricative uvulaire voisée, qui correspond à la prononciation du r la plus usuelle)
  • [m] de maison
  • [n] de nid
  • [ɲ] de gnôle.
  • S’ajoute à ces consonnes celle que l’on entend à la fin de plusieurs emprunts à l’anglais, le [ŋ] de camping.
Voyelles :
  • [a] d’allure
  • [ɑ] d’âne
  • [ɑ̃] d’ange
  • [ə] de le
  • [e] d’école
  • [ɛ] d’elle
  • [ɛ̃] d’inscrit
  • [œ] d’œuvre
  • [œ̃] d’humble
  • [ø] d’eux
  • [o] d’eau
  • [ɔ] d’ordre
  • [ɔ̃] d’ondine
  • [i] d’idée
  • [y] d’une
  • [u] d’ours.
Semi-consonnes :
  • [j] de hyène
  • [ɥ] de huit
  • [w] de ouate.
À ces signes s’ajoutent les parenthèses qui indiquent qu’une lettre peut ou non se prononcer, comme dans [anana(s)] pour ananas.
En revanche, la durée des voyelles, que l’alphabet phonétique international note par [:] pour une voyelle longue et par [˘] pour une voyelle brève, n’est pas indiquée, dans la mesure où la quantité syllabique sert rarement, en français, à distinguer des mots phonétiquement proches.
Chaque transcription d’entrée figure entre crochets, qu’il s’agisse d’un mot ([aʁbalɛt] pour arbalète), d’une locution ([sɛtadiʁ] pour c’est-à-dire) ou d’un élément formant ([ɛ̃tʁa-] pour intra-). Si plusieurs prononciations sont possibles, chacune d’entre elles est indiquée entre crochets, comme dans le cas du mot abasourdir pour lequel on précise « [abazuʁdiʁ] ou [abasuʁdiʁ] ». Enfin, lorsque la prononciation d’un mot varie au féminin, la terminaison de la forme féminine est indiquée après la forme masculine, entre les mêmes crochets, comme dans [kuʁaʒø, -øz] pour courageux, -euse.

Reste la question, plus délicate, des choix opérés quant aux prononciations elles-mêmes. Rappelons d’abord qu’au Moyen Âge, on ne parle pas la même langue dans le Sud et dans le Nord du pays ; la partie méridionale de la France est celle de la langue d’oc et de ses dialectes, le limousin, le provençal, le gascon, le charentais, etc., et la partie septentrionale, celle de la langue d’oïl, elle-même divisée en normand, picard, champenois, franc-comtois, etc. Cette partition, à laquelle s’ajoutent d’autres facteurs d’ordre historique, géographique ou social, explique la multiplicité des variantes phonétiques qui ont cours dans les régions de France ainsi que dans le monde francophone, tant pour l’articulation des consonnes que pour celle des voyelles.
Ainsi, le r a au moins cinq prononciations possibles, dont l’usage lui-même a évolué et évolue toujours : par exemple, le r roulé, noté [r], qui était encore celui du roi de France sous la Restauration, se rencontre aujourd’hui dans le Midi, est demeuré la prononciation standard au Canada, dans la région de Montréal, jusque dans les années 1950, et l’est toujours dans certains pays africains comme le Cameroun. L’ouverture des voyelles varie aussi beaucoup d’une région à l’autre ; ainsi, lait peut être prononcé [lɛ] ou [le], rose, [ʁoz] ou [ʁɔz], et œuvre, [œvʁ] ou [øvʁ]. Par ailleurs, certaines distinctions vocaliques sont en nette régression en France, comme celle qui oppose [ɛ̃] (brin) et [œ̃] (brun), qui s’estompe au profit de [ɛ̃], et celle qui oppose [a] (patte) et [ɑ] (pâte), qui s’atténue au profit d’une voyelle intermédiaire. Cette dernière opposition est, en revanche, encore bien vivante au Québec, comme l’est en Belgique et en Suisse celle qui distingue les sons [ɛ̃] et [œ̃]. Enfin, notons que la prononciation des e caducs, en particulier à l’intérieur des mots, varie selon les régions et les situations d’énonciation.
On le constate sans peine, il est impossible d’indiquer dans un dictionnaire d’usage la totalité des réalisations possibles de tel ou tel graphème. Du reste, une semblable démarche ne serait pas conforme à la mission du Dictionnaire de l’Académie française, qui entend guider l’usage de sorte que les locuteurs disposent d’un modèle commun. Aussi la transcription phonétique proposée dans cette édition rend-elle compte de la norme du français dit standard, qui correspond à la langue communément parlée en Île-de-France ; ce choix s’explique historiquement : l’Île-de-France fut en effet le creuset où se forma progressivement une langue véhiculaire qui était celle des affaires, de l’Administration et de la Cour. Le français qui en a résulté n’est évidemment pas supérieur à celui qui est parlé dans d’autres aires linguistiques. Mais il est celui qui est traditionnellement enseigné à l’école et qui fournit, y compris pour la prononciation, une référence sur laquelle les locuteurs francophones peuvent s’entendre. C’est pourquoi, dans la plupart des cas, une seule prononciation est proposée. Cependant, lorsque coexistent plusieurs prononciations également tenues pour standards, toutes sont signalées, et certaines peuvent être indiquées comme plus fréquentes ou préférables. Ainsi, on écrit « [sy(s)] » pour sus, « [kɑ̃tik] ou [kwɑ̃tik] » pour quantique, « [pɛʁsi] ou, moins souvent, [pɛʁsil] » pour persil.
Enfin, lorsqu’un mot présente une particularité de prononciation, celle-ci est indiquée entre parenthèses avant la transcription en alphabet phonétique international, comme à l’article promptitude, où il est rappelé : « (le second p ne se fait pas entendre) » ; cette mention, qui redouble partiellement la notation en API, présente l’avantage d’attirer l’attention du lecteur sur une difficulté inattendue.