sentir

SENTIR

conjugaison verbe transitif Conjugaison : (se conjugue comme Partir II).
Étymologie : xie siècle. Issu du latin sentire, « percevoir par les sens ; saisir par l’intelligence ; juger, avoir une opinion ».
1.  Éprouver une sensation ; percevoir par les sens, plus ou moins vivement, un phénomène intérieur ou un objet extérieur. Sentir la faim, la soif. Je sentais battre mon cœur, que mon cœur battait. Sentir une grande douleur de tête. Sentir comme une brûlure sur le bras. Sentir le chaud, le froid. Sentez-vous dans cette sauce le goût de champignon ? Sentir le souffle de quelqu’un dans son cou. Il ne sentait pas qu’une araignée lui montait sur la jambe. Je n’ai rien senti au moment de la piqûre, je n’ai pas eu mal. Absolument. La faculté de sentir.
▪ Spécialement. Percevoir par l’odorat ; humer. J’ai senti une odeur de brûlé. Il est enrhumé, il ne sent rien. Ce parfum de jasmin est agréable à sentir. Par métonymie. Le chien a senti un lièvre.
▪ Par extension. Éprouver différents sentiments. Il a senti une grande joie, un grand chagrin de cette nouvelle. Je sens pour lui une aversion insurmontable. Sentir le besoin d’être utile aux autres. Il sent la colère monter en lui. Je ne sens rien pour elle, je n’ai pas de sentiments amoureux à son égard.
▪ Vieilli. Être affecté, atteint par quelque évènement malheureux ou pénible. Sentir un affront. Je sens toute l’horreur de votre situation. Il sentira, je lui ferai sentir les effets de ma colère.
▪ Par affaiblissement. Avoir confusément conscience de quelque chose. Sentir une présence derrière soi, dans son dos. Je sens votre hostilité. Je sens qu’on me trompe. Il a senti sa fille s’éloigner progressivement de lui. Il m’a fait sentir mon ignorance sur ce sujet, il me l’a fait comprendre de manière plus ou moins ouverte.
▪ Loc. et expr. Se faire sentir, être sensible ; se manifester, apparaître clairement. L’approche de l’hiver commence à se faire sentir. L’absence d’un médecin se fait sentir dans le village. Ne pas sentir sa force, ne pas la mesurer. Sentir l’écurie, se dit du cheval qui retrouve des forces et accélère au fur et à mesure qu’il approche de l’écurie et, fig., d’une personne qui se hâte à l’approche du but. Sentir son cheval, se dit, en termes d’équitation, d’un cavalier qui sait juger des mouvements, de la tenue de son cheval et en tirer parti, en utilisant seulement les aides et l’assiette. Sentir la différence, voir Différence. Fig. Ne plus sentir ses jambes, ses pieds, n’avoir plus la force d’avancer. Sentir passer le vent du boulet, sentir le vent du boulet, échapper de très peu à un danger. Sentir le vent tourner, percevoir que la situation change, devient favorable ou cesse de l’être. Sentir de quel côté le vent tourne, sentir de quel côté vient le vent, se montrer opportuniste. Sentir venir quelqu’un, quelque chose, pénétrer les intentions d’une personne ou prédire un évènement (on dit aussi Voir venir). J’ai senti venir cette révolte de loin. Cela est senti, se dit de ce qui est bien rendu, exprimé avec vérité, avec sincérité. Un discours, un propos bien senti, qui frappe juste, atteint sa cible. Fam. Ne pas pouvoir sentir quelqu’un, quelque chose, éprouver de l’aversion à son égard. Il ne peut pas la sentir, ils ne peuvent pas se sentir. Fais comme tu le sens, à ton idée. Pop. Le, la sentir passer, supporter une épreuve pénible et, spécialement, une lourde dépense. Je la sens bien, je ne la sens pas, se dit d’une personne en qui on a toute, on n’a aucune confiance.
(Dans certains emplois, on dit aussi Ressentir.)
2.  Exhaler une certaine odeur. Suivi d’un complément indiquant la nature de l’odeur. Cela sent les égouts. Sa peau sent la fleur d’oranger. Son appartement sent le renfermé. Suivi d’un adverbe. Sentir bon, mauvais. Ce poisson sent fort. Absolument. Dégager une odeur désagréable. Cette viande commence à sentir. Sentir des pieds.
▪ Loc. et expr. Sentir le bouc, le bouquin, empester. Ne pas sentir la rose (pop.), sentir mauvais. Fig. Cet ouvrage sent l’huile, se disait, par allusion aux longues veilles à la lampe à huile, d’un ouvrage où l’on perçoit trop les efforts déployés pour l’écrire. Sentir l’école, avoir des manières, une allure, un style pédants et conventionnels ; manquer d’aisance. Sentir le fagot, par allusion au supplice du feu autrefois infligé aux hérétiques, être soupçonné d’hérésie ou d’impiété. Ce traité sent le fagot. Cet homme sent le terroir, il a le caractère qu’on attribue aux gens de la campagne (peut s’utiliser, par métonymie, en parlant d’un ouvrage de l’esprit). Cela ne sent pas bon, cela sent mauvais, cela tourne mal. Fam. Ça sent le roussi, se dit lorsqu’une affaire paraît sérieusement compromise. Pop. Ça sent le sapin, la mort est proche, par allusion au matériau dont on fait les cercueils.
▪ Prov. La caque sent toujours le hareng, on n’efface jamais complètement ses origines, les mauvaises habitudes prises dans sa jeunesse.
▪ Par analogie. En parlant d’un aliment ou d’une boisson qui a un certain goût. Cette carpe sent la vase. Ce vin sent la framboise, sent le fût, le bouchon.
▪ Fig. Présenter le caractère, l’apparence de quelqu’un ou de quelque chose. Il sent son coquin d’une lieue. Cette proposition sent l’hérésie. Tout dans cette propriété sent le nouveau riche.
3.  Pron. Avoir la conscience de soi, la maîtrise de ses forces (vieilli). Il est si engourdi qu’il ne se sent pas. Il ne se sent pas de froid. Aujourd'hui. Être, se trouver dans tel ou tel état, telle ou telle disposition. Il se sent mieux, moins bien qu’hier. Se sentir en appétit. Se sentir en confiance. Je me sens tout autre depuis que j’ai pris ce parti. Elle s’est sentie glisser. Elle s’est sentie entraînée par la foule ou elle s’est senti entraîner par la foule. Je me sens assez de courage pour l’attaquer.
▪ Loc. Se sentir, ne pas se sentir de faire quelque chose, juger qu’on est capable, qu’on n’est pas capable d’accomplir telle ou telle action. Je ne me sens pas de lui confier mon secret. Se sentir mal, avoir un malaise. Se sentir drôle, tout drôle, voir Drôle. Ne pas, ne plus se sentir de joie, d’aise, d’orgueil, en être si pénétré qu’on en perd tout autre sentiment. Elliptiquement et pop. Ne plus se sentir, être empli de vanité. Il ne se sent plus depuis qu’il a gagné le tournoi.
▪ Par extension. Litt. Continuer à éprouver les restes, les effets d’un mal qu’on a subi ; fig., supporter les conséquences, le plus souvent fâcheuses, de quelque chose. Se sentir de quelque mal. Il a eu une fièvre dont il se sent toujours. Ce pays se sent encore de la guerre.
(Dans certains emplois, on dit aussi Ressentir.)
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