courir

4e édition

COURIR,

ou

COURRE.

v. n. Conjugaison : Je cours, tu cours, il court. Nous courons, vous courez, ils courent. Je courois. Je courus. Je courrai. Je courrois. Cours. Qu’il courre. Que je courusse.
■  Aller de vîtesse & avec impétuosité. Courir légèrement. Courir de toute sa force. Ce cheval court vîte comme un cerf. Cet homme court comme un basque. Courir, courre la poste. Il est parti, courez après. Courir à toute bride, à bride abattue, à toutes jambes.
Courir, signifie aussi quelquefois, Aller plus vîte que le pas. Vous allez trop vîte, vous ne marchez pas, vous courez. Courir au feu. Courir au Médecin. Courir au remède.
On dit proverbialement, quand un homme va en quelque lieu avec ardeur, avec joie, qu’Il n’y va pas, qu’il y court, qu’il y court comme à la noce.
On dit, Courir aux armes, pour dire, Prendre les armes en hâte pour quelque alarme, ou pour quelque occasion pressante.
Il se dit figurément De toute action précipitée, de tout ce qu’on fait trop vîte. Il faut aller bride en main, on ne fait pas les affaires en courant.
Ainsi l’on dit d’Un homme qui lit, qui récite ou prononce, ou qui écrit trop vîte, qu’Il court. Lisez doucement, ne courez pas. Il écrit cela en courant. Il ne faut pas dire son Bréviaire en courant.
On dit proverbialement, Ce n’est pas le tout que de courir, il faut partir de bonne heure, pour dire, que Ce n’est pas assez de se hâter ; mais que quand on veut réussir dans une entreprise, il faut prendre ses mesures de loin.
On dit figurément, qu’Un homme court à l’Évêché, au bâton de Maréchal de France, au chapeau de Cardinal, &c. pour dire, qu’Il est dans le chemin de parvenir bientôt à l’Évêché.
On dit, Courir à sa perte, courir à sa ruine, à son malheur, pour dire, Se conduire d’une manière à se perdre, à se ruiner promptement.
On dit familièrement d’Un homme qui se ruine, qu’Il court à l’Hôpital.
On dit proverbialement, Courir après son éteuf, pour dire, Prendre bien de la peine pour recouvrer un bien, un avantage qu’on a laissé échapper. J’ai retenu cet argent-là par mes mains, parce que je ne veux pas courir après mon éteuf.
On dit aussi, Courir après son argent, pour dire, Continuer à jouer pour regagner ce qu’on a perdu.
On dit, Courir après les honneurs, les richesses, &c. pour dire, Les rechercher avec ardeur.
Il est quelquefois actif, & signifie alors, Poursuivre à la course avec dessein d’attraper. Courir quelqu’un pour le prendre, le courir l’épée dans les reins. Courre ou courir le cerf, le lièvre, le daim. Il a droit de courir le cerf sur ses terres. Ce lièvre a été souvent couru.
Courir, en termes de Marine, signifie, Faire route. Courir des bordées, C’est aller alternativement à droit & à gauche, quand le vent est presque debout.
On dit, Courir un Bénéfice, pour dire, Envoyer un courrier à celui qui a la nomination du Bénéfice, pour être le premier à le demander.
On dit aussi, Courir un Bénéfice, courir une Charge, pour dire, Les poursuivre avec ardeur.
On dit en termes de Chasse, Laisser courre, pour dire, Découpler les chiens après la bête.
On fait même un substantif des deux infinitifs, Laisser courre, Qui signifie le lieu où l’on découple les chiens. Quand ils furent au laisser courre.
On dit d’Un beau pays commode pour la chasse, que C’est un beau courre.
On dit, Courre un cheval, pour dire, Le faire courre à toute bride, étant monté dessus. Voulez-vous courre votre cheval contre le mien ?
On dit figurément, Courir fortune de.... courir risque de… courir hasard de… pour dire, Être en péril de… Il court fortune d’être chassé, de perdre son bien. Il court risque de la vie. J’ai couru hasard de me tuer. Vous courez risque. Ce mal peut bien m’arriver, j’en courrai le risque.
On dit, Courir même fortune, pour dire, Être dans les mêmes intérêts, dans la même situation d’affaires.
On dit, qu’Un homme court une belle fortune, Quand il est en passe de parvenir à quelque chose de grand.
Courir, signifie aussi, Ravager, piller. Ces Troupes ont couru une telle province. Les Pirates courent la mer. Courir le plat-pays.
On dit, Courir le bon bord, pour dire, Pirater. Et figurément dans le discours familier, pour dire, Fréquenter les mauvais lieux.
On dit, Courir le pays, courir le monde, pour dire, Voyager. Il a bien couru le pays, couru le monde. Il a couru toute la France.
On dit absolument, Il a bien couru, pour dire, Il a beaucoup voyagé.
On dit, Courir le bal, pour dire, Aller d’un bal à un autre, aller en plusieurs assemblées où l’on danse.
On dit, Courir les ruelles, pour dire, Aller de visite en visite chez les Dames.
On dit, en termes d’Ordonnances & de Déclarations, Courre ou courir sus, pour dire, Se jeter sur quelqu’un pour l’arrêter, le maltraiter, le tuer. Tout le monde lui court sus. Les Paysans se sont soulevés & ont couru sus aux Troupes. Il y a un Arrêt qui enjoint aux Communes de courir sus aux gens de guerre qui s’éloigneront de leur route.
On dit, Courir sur le marché de quelqu’un, pour dire, Enchérir sur un autre, tâcher, prétendre emporter ce qu’un autre marchande. Je voulois acheter cela, pourquoi venez-vous courir sur mon marché ?
On dit aussi figurément, Courir sur le marché, courir sur les brisées de quelqu’un, pour dire, Vouloir emporter sur quelqu’un une chose à laquelle il a prétendu le premier.
On dit aussi, Courir, soit dans un véritable combat, soit dans quelque tournoi, joûte, ou autre exercice semblable. Ils baissèrent la lance, & coururent l’un contre l’autre. Courir en lice dans la carrière. Courir la bague. Courir la quintaine. Courre le faquin. Courir les têtes. Courir les taureaux. Ceux qui couroient dans les Jeux Olympiques. Il courut avec lui dans cette carrière.
On dit figurément de Personnes de dignité égale, qui sont dans les mêmes emplois, qu’Ils courent la même carrière, pour dire, qu’Ils ont les mêmes prétentions. Cicéron & Hortensius couroient la même carrière.
On dit familièrement, Donner à courre à quelqu’un, pour dire, Le mettre dans la nécessité de faire bien des pas, de se donner bien des mouvemens.
Courir, signifie encore, Aller çà & là, sans s’arrêter long-temps en chaque endroit. Il ne fait que courir. Il court depuis le matin jusqu’au soir, on ne le trouve jamais chez lui.
On dit populairement & dans le même sens, Courir la prétentaine.
On dit d’Un homme qui est troublé d’esprit, & qui est tout-à-fait extravagant, qu’Il est fou à courir les rues, à courre les champs.
On dit familièrement, qu’Une nouvelle court les rues, pour dire, qu’Elle est sue de tout le monde.
On dit, Courre, courir le guilledou, pour dire, Aller en débauche. Il ne fait que courir le guilledou. Il est populaire.
Courir, signifie aussi Couler. Il se dit Des ruisseaux & rivières, & des choses liquides, comme le sang, le vin, l’huile, &c. L’eau qui court. Le sang agité court dans les veines. J’ai senti une humeur qui me couroit entre cuir & chair.
Il se dit encore du temps. Le temps court insensiblement. Le terme qui court. L’année qui court. Il court sa vingtième année.
On le dit d’Un certain terme, au bout duquel se doit payer ou effectuer quelque chose. On lui a donné trois mois de temps qui courent. Je n’ai que quinze jours, vous m’amusez par vos artifices, cependant le temps court. Ses gages courent depuis un mois.
On le dit principalement des intérêts de l’argent constitué. La rente court de tel jour. L’intérêt de cette somme court, court toujours. Les arrérages courent.
Courir, signifie aussi, Être en vogue. La mode qui court. Cette chanson couroit par la ville.
On dit, Au temps qui court, pour dire, Au temps présent.
On dit, L’avis qui court, pour dire, L’avis qui a le plus de voix dans une délibération qui n’est pas achevée.
On dit encore, Faire courir des bruits. Il court un mauvais bruit, pour dire, Répandre des bruits, un mauvais bruit s’est répandu.
On dit aussi, qu’Il court bien des maladies. Il court beaucoup de fièvres malignes, de petites véroles, rhumatismes, &c. pour dire, qu’Il y en a beaucoup.
On dit, Faire courir un Livre, un Manifeste, pour dire, Le répandre dans le public.
On dit aussi à table, Faire courir une santé, pour dire, La faire boire par tous les convives. Faites courir cette santé. C’est la santé d’un tel qui court.
On dit, Faire courir la voix, pour dire, Demander les avis à ceux qui composent une Assemblée.
On dit, Faire courir le billet, pour dire, Envoyer un billet pour avertir ou assembler ceux qui ont intérêt à quelque affaire. Et on dit d’un homme, que Son billet court chez les Notaires, pour dire, qu’Il cherche de l’argent à emprunter.
On dit, que Les billets d’un homme courent sur la place, pour dire, qu’On cherche à s’en défaire.
On dit aussi, Faire courir le billet chez les Banquiers, chez les Orfévres, pour dire, qu’On fait donner avis de quelques choses volées, de quelques lettres de change perdues.
On dit d’Un homme recherché par les Dames, que Les Dames le courent.
Couru, ue. participe. Qui est poursuivi à la course. Un cerf, un liévre, un dain couru. Un voleur couru par le Prevôt, par les Archers.
On dit, Un pays couru par les ennemis, pour dire, Un pays où les ennemis font des courses.
On dit figurément, Couru, pour dire, Recherché, suivi. Ce Livre est rare & curieux, il est fort couru. Ce Prédicateur est fort couru. Il n’y a pas assez de telle marchandise, tant elle est courue.
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